Ce détournement fonctionnel va peu à peu donné naissance à un nouveau marché. La contenance des tetsubin diminue, des vernis alimentaires sont appliqués sur les parois intérieures pour éviter la rouille, des pigments égayent les motifs en soi, exclusivement fabriqués pour être exportés. L'engouement occidental pour la théière en fonte du Japon est tel que, dans les années 200, des fonderies chinoises se mettent à leur fabrication, innondant le marché des produits bon marché et mal finis, dont la qualité ne peut en aucun cas rivaliser avec l'artisanat japonais.
Secrets de fabrication Si les capacités de productions sont plus importantes aujoud'hui, la fabrication d'une théière en fonte demeure artisanale et répond à des étapes et des critères immuables. Elle nécessite de nombreux moules : deux pour le corps, un pour le bec et deux autres pour le couvercle. L'anse, quant à elle, est forgée directement dans le feu. L'artisan, à l'aide d'une tige métallique, dessine les motifs voulus dans l'argile encore tendre du moule extérieur. Le métal en fusion, aux alentours de 1300°C, est coulé dans l'espace entre les deux moules. Plus cet espace est étroit, plus la théière est élégante et de qualité. La fonte est un alliage qui se coule facilement et "imprime" donc bien les motifs du moule. Elle refroidit dans le moule et la théière en fonte est alors d'un beau gris brillant. Pour les théières du Japon de très haute qualité, vient alors l'étape où l'on brise le moule , ce qui explique en partie le coût relativement élévé d'un tel objet. L'artisan applique ensuite un vernis alimentaire à l'intérieur de la théière. La théière est ensuite placée dans un four chauffée au charbon qui dégage du monoxyde de carbonne : par ce procédé, le feu absorbe l'oxygène de la surface de la théière japonaise, qui fonce et devient noire. Le vernis alimentaire, sous l'effet de la chaleur, se fige pour devenir permanent. L'étape finale est la pigmentation qui apporte une patine délicate à l'objet. Par différentes techniques, on colore ou noircit la surface de la théière. Le dosage en pigments et la finesse de pulvérisation sont des secrets bien gardés par chaque fondeur, au même titre que la composition exacte de la fonte employée. Chaque fonderie a ainsi des spécificités bien particulières, jalousement gardées. On retrouve traditionnellement sur les théières en fonte japonaises de nombreux symboles, inspirés de la nature et "sculptés" sous la forme de motifs. Arare évoque le givre, Matsuba les aiguilles de pin, Itome le colimaçon, Nami la vague, Sekitei le jardin de pierre... La thématique des saisons est également une source d'inspiration sans cesse renouvelée : Hanami raconte la contemplation des cerisers en fleurs au printmeps ; Momiji-Gari celle des feuilles d'érable à l'automne. Certains artisans excellent enfin dans la reproduction de fresques sur la prois des théières. Parrallèlement à cette production traditionnelle, créer une théière en fonte japonaise est devenu un exercice de style indispensable pour tout designer qui se respecte. La matière noble qu'est la fonte et la relation ancienne de cet artisanat se métissent ainsi de lignes modernes. |